La donnée isolée et la moyenne

+10 ans

Les données sont légions et n’attendent que d’être intégrées à une histoire qui selon les personnes prend le nom d’interprétation, de modèle, d’analyse, de synthèse. Mais bien mystérieuse est la gestation de cette histoire. Mon premier témoignage d’une avalanche de chiffres remonte sans doute à Matrix où un programmateur fascinant interprétait un déluge de bits en temps réel sans aucune lampe stroboscopique dont tout humain normal aurait eu besoin pour espérer y voir quelque chose.

Nous ne sommes pas vraiment capables de donner un sens à une telle diarrhée numérique. Le plus souvent, on en fait la moyenne ou la médiane et on en garde que ce seul chiffre qui devient la seule chose à raconter. Personne n’aime affronter une tonne de chiffres mais savoir que celle-ci a accouché d’un seul nombre qui résume le tout, ça rassure et c’est simple à retenir. Le salaire médiane, le salaire moyen des ministres du gouvernement, le nombre d’élèves moyens par classe, le taux de chômages (moyen), le QI moyen, on fait une somme, on divise, on est content. On se sent même un peu savant dès qu’on parle d’écart type, un peu plus encore si on évoque les corrélations.

Et puis tout de suite, comme ces moyennes ont un poids certain, on se compare à elle. On est au dessus. On est heureux. On est en dessous, on se sent lésé. Tout à coup, on sait où on se trouve. On se sait rien du voisin mais on sait tout des français. Moi (donnée isolée) contre les autres (données agrégées), un grand classique. Lorsqu’on est du bon côté, on se repose, du mauvais, on a enfin trouvé l’objectif : la moyenne ou mieux encore, le premier quartile.

Et puis patatras, j’ai calculé le taux moyen de guérison de deux hôpitaux pour choisir le meilleur. Et je n’aurais pas pris toutes les données en considération, j’aurais raté un morceau de l’histoire ? C’est Le paradoxe de Simpson.

  • J’hésite entre deux hôpitaux, le premier a un taux de succès de 98%, le second 90%.
  • Ah bon, tu hésites ?
  • Allez, on y va.

Un peu plus tard.

  • Tu lis quoi sur le fronton ?
  • Euh… Chirurgie esthétique.
  • Tu n’aurais pas pu le dire avant !
  • Mais tu m’as dit de prendre le meilleur.
  • Le meilleur pour ton type d’opération !
  • J’ai oublié de regarder cette donnée.