3. Les petits drones ailés

A partir de 7-8 ans (mais ce n’est qu’une indication).

Ceci est un petit exercice d’anticipation qui consiste imaginer une histoire qui pourrait se produire dans un futur proche inspirée d’articles de presse.

3.1. Mise en scène

La lecture des deux titres suivant devrait suffire : Dans le Sichuan, des « hommes-abeilles » polinisent à la main les vergers, Amazon dévoile « Prime Air », un futur système de livraison par drones.

Pour compléter la réflexion :

Google a conçu des drones capables de livrer des colis, Les logements connectés deviennent une réalité, Apple conteste la demande d’accès du FBI à ses fichiers, Sevenhugs HugOne, une nouvelle solution pour veiller sur le sommeil de toute la famille, Livraison par drone : des promesses en l’air, La France ne veut pas des drones de livraison d’Amazon ou de Google, La Poste teste la livraison de colis par drones dans le Var, Les pirates réclament une rançon de 3,4 millions de dollars pour débloquer les données du Centre médical basé en Californie., « Le numérique s’impose partout, mais la croissance ne décollera pas », Retour sur le Google Hash Code 2016, optimisation d’un système de livraison à base de drones, Abeilles: un appât radical contre le frelon asiatique, L’innovation au secours de l’agriculture, et après ?.

Voici neuf questions pour démarrer :

  1. Pourquoi choisir de fabriquer un drone qui livre des colis ou un drone polinisateur plutôt qu’un autre ?
  2. Pourquoi pas un drone chauve-souris ? Est-ce plus complexe techniquement ?
  3. Comment un drone apprend-il à se mouvoir ?
  4. Que fait l’article Retour sur le Google Hash Code 2016 dans la liste ?
  5. Les abeilles polinisent les fleurs. Avec un drone, on va savoir exactement combien. A quoi ça sert ?
  6. Un drone se déplace à l’aide de caméras qui filment. Que fait-on avec les images ?
  7. Un coup de vent a poussé un drone sur une voiture qui a eu un accident, qui est responsable ?
  8. Que deviendra le facteur ?
  9. Si vous deviez concevoir un drone qui se pilote lui-même, qui recruteriez-vous ?

3.2. Solution

Il n’y a pas de solution à proprement parler. Des réponses sont apportées aux questions Les petits drones ailés (solution) et vous pouvez lire la petite histoire qui suit.

3.3. Histoire

Mon ami Jean allait en commission toute la journée aujourd’hui. Comme d’habitude, il prendrait soin d’imprimer un journal avec une sélection d’articles issues des recommandations du Monde et l’annoterait toute la journée. Quand il rentrerait, il poserait le journal sur son bureau tandis que son robot assistant s’occuperait de parcourir toutes les pages afin de saisir la moindre note. Puis, après le dîner, il composerait son rapport qui ressemblerait à un drôle de sandwich jaune et noir, jaune de ses petites notes, noir de son écriture illisible. Quelque chose était différent ce soir. Il n’avait rien écrit, c’était surprenant. Il m’invita au restaurant.

  • Tu te souviens de cet article de 2014 sur ces chinois qui polinise manuellement leurs abeilles ?
  • Non, pas vraiment.
  • C’était dans le Sichuan mais ce n’est pas le problème. La commission a abordé un drôle de problème aujourd’hui.
  • Ah…

Je n’étais pas très rassuré quant à l’idée de l’écouter raconter son histoire. Les rares fois où cela s’était produit, je n’avais pas réussir à saisir toutes les subtilités. J’étais simplement content qu’il fût là, dans cette commission, pour émettre un avis voire une décision. Il m’expliquait d’abord un problème vu d’un certain angle, puis d’un autre. Et j’étais souvent d’accord avec le premier, puis avec le second quand il m’expliquait pourquoi le premier n’allait pas, puis avec le troisième quand le second n’allait plus non plus. Tu es navrant me répétait-il sans cesse. C’était quelle commission déjà ?

  • On a trouvé un moyen de remplacer les abeilles.
  • Ah…
  • Un industriel chinois a mis au point un mini-drone qui remplace les abeilles.
  • Pour faire du miel ?
  • Mais non idiot, pour poliniser.
  • Ah… et alors ?
  • Et alors ?

Il avait dit cette dernière phrase sur un ton réprobateur. J’avais manqué l’évidence comme d’habitude. Si les abeilles meurent et qu’on arrive à les remplacer, tant mieux non ? Visiblement, ce n’était pas la bonne réponse. Mais je n’osais pas le dire tout haut sauf à vouloir affronter un haussement d’épaule, une moue réprobatrice et l’impression d’être un mouton face à son berger.

  • Et alors ? Les abeilles sont les premiers sur la liste, ensuite viendront les vers de terre et puis les coccinelles.
  • Et tous les insectes ?
  • Et la plupart des insectes utiles.
  • Ah… et alors ?
  • Et bien, on parle du premier pas vers une nature électrique. Il n’y aura plus de papillons, trop compliqués et pas assez utiles. Fini les guêpes qui piquent, les frelons qui nidifient. Gros coup de pesticide et on remplace la faune par du tout électronique.

Je laissais un silence s’installer histoire de voir s’il plaisantait ou pas. Puis j’essayais une question pour montrer que la discussion m’intéressait même si je ne voyais pas du tout le mal qu’il y avait à remplacer les abeilles par des mini-drones. Peut-être qu’il faudra faire attention la prochaine que j’userai de la tapette à mouche, je pourrais tuer une abeille à 300 euros ou un truc dans le genre. J’espère qu’ils ne vont pas faire les araignées.

  • Mais alors on va remplacer toutes les espèces en voie de disparition ? Les hippopotames ?
  • C’est déjà prévu. Il existe un plan pour des pachydermes robotisés pour draguer les rivières.
  • Ah…
  • Et des taupes pour creuser des canalisations.

Je n’arrivais pas à me détacher de l’idée de voir un hippopotame dans la Seine en train de regarder les bateaux passer. Autant faire des animaux qui n’existent pas, un dragon, une licorne. J’osais finalement la question.

  • Où est le problème ?

Mon ami me regarde longuement. Il fait même durer le silence plus que nécessaire pour m’agacer. Je n’ai pas besoin de lui pour le savoir. Il adore. Son visage entier est une grimace qui clignote. Et pendant ce temps, je me repasse toute la discussion pour voir ce que j’ai manqué.

  • Tu te souviens de cet article sur les drones et la protection de la vie privée ?
  • Vaguement.
  • Une caméra haut perchée qui peut t’espionner.
  • Oui, je me souviens.
  • Et les abeilles ?
  • Quoi les abeilles ?
  • Comment crois-tu qu’elles arrivent à poliniser les fleurs ?

Je crois que je commençais à comprendre.

  • Les yeux sont des caméras.
  • Et elles enregistrent tout car il a bien fallu enregistrer des images pour leur apprendre à voler sans se cogner partout.
  • Mais alors…
  • On va tout compter, le nombre de fleurs polinisées, le nombre de personnes croisées dans la forêt. On sera éclairé par des vers luisants qui sauront qui fait quoi dans la maison.
  • Ca va être très compliqué de jouer à cache-cache.
  • Mais pas seulement, on saura qui est où et quand, tout le temps.
  • Tout le temps…

Je ne pouvais pas m’empêcher de répéter cette dernière phrase. Tout le temps. Mais où est le problème au fait ? Je ne quitte jamais mon téléphone. Tout ça, on le sait déjà. Je ne sais pas trop qui est on. Mais quelqu’un le sait. Je sors mon téléphone et lui montre fièrement.

  • Les abeilles existent déjà.
  • Tu peux l’éteindre celui-là.
  • Oui mais je ne le fais jamais.

(à suivre).